PLOT Autoroute - 9 jeudiplot:

Pourquoi être ici plutôt qu'ailleurs? Plutôt qu'ici? Prendre un manège ininterrompu, celui de la circulation automobile dans ce qu'elle a de plus effectif: l'autoroute, ruban. Quand elles se croisent, loin d'être noeuds inextricables, elles fabriquent alors un manège sans axe. Ou si, plutôt, ce jour là, nous étions, plotiens, ploteurs, ploteuses, trices, les axes mouvants et lents de ce manège dont on ne fait jamais le tour complet car ses côtés et ses niveaux ne correspondent pas. Il y aurait du dessus et du dessous dans cela. Une journée PLOT ici, c'est transporter l'outil de convivialité et de nomadisme que sont tables et chaises de camping dans un lieu ouvert et improbable. Mais tellement un lieu, un site. Nous, participants à PLOT, penchés sur un ordinateur transparent, branchant des caméras sans fils, transis de froid, découpant un saucisson et considérant de la chartreuse verte, riant, discutant, échangeant, regardant le sol ou le ciel, nous avons fait de ce lieu un site. Peu importe le manque d'interêt que les ingénieurs de la DDE ont accordé à ces pentes de merlons, à ces gravats et végétation rudérale. Il a fallu quelques heures pour que nos regards et présences et marches et explorations nous donnent un centre, un lieu de rassemblement, en hauteur, et des chemins pour y arriver et en partir. Nous avons constitué société ici, malgré le froid et le mistral. Question? Qu'en faire? Malgré, et pour et à cause de son apparente insignifiance, ce lieu nous pose la question, et ainsi nous fait endosser une responsabilité vis-à-vis de lui, qu'en faire? Le prendre comme ex-territorialisation d'un jour, premier pas d'un laboratoire en marche, QG d'extérieur, premier pseudo-pode, sur un fil, au milieu d'un noeud? Il appelle des considérations sur la temporalité, des considérations in situ. Pour moi, c'est un lieu, oui, parmi d'autres, à épuiser. Revenir dessus, en faire une drôle de cartographie temporelle et puis s'en aller. Ou revenir.


Plotoroute du 10 vendrediplot:

Nous avons passé la journée entre dix autoroutes à enterrer une caisse en plastique rose garnie d'un piège à souris armé, à enterrer des graines d'oignons et de tournesol dans une vallée de merlons argileux, à enfoncer des lampes à énergie solaire à pile rechargeable dans une fourmillière géante, nous sommes revenus sur le site, nous sommes revenus à Plotoroute.
Nous avons tendu des pièges, (je m'interesse à tendre, dans toute ses sens). Moins d'événements sur les rubans de bitume, plus sur le terrain circonscris par eux. Et toujours au retour cette sensation d'être sonné, fébrile presque, à cause du bruit incessant des véhicules, comme celui du ressac.
D'ailleurs, le matin même, la mer dans le champ de vision mais hors de portée d'oreille, nous avions évoqués la machine et le piège.
Qu'est-ce que la machine? Pourrait-elle être notre consience enfin extérieure, lente élaboration, quête, vers un miroir, un jumeau, un siamois, un parent, un golem?
Le fait de l'enterrer, c'est jouer avec le temps, c'est parier sur l'existence du temps, c'est offrir un cadeau, un don à la possibilité pour la machine d'être naturelle, jeu de mots. C'est introduire du temps.
C'est suspendre un contexte déjà machinique (ou le refuser), pour poser des potentialités, celle de l'émergence dans un autre contexte.
Conscience de cela, qui est au jour, inconscience de ceci, qui est enterré.
Quelle machine voulons-nous? Quelle sorte de perfection, puisque nous la créons entièrement?
Quelle revanche, quel pouvoir revendiquons-nous à travers l'existence de la machine?
Celui de nous remplacer, mais il est impossible d'exécuter ce que la machine peut faire avec précision, rapidité, puissance, elle nous dépasserait donc.
Injecter le cerveau dans la machine, le déverser dans la mécanique pour lui faire jouer notre danse, nous pourrions nous rejoindre alors dans un infiniment petit et un infiniment rapide, point d'orgue de l'inconscient et de la création, nous qui sommes machines humaines. Et qui faisons montre d'un désir machinique.
C'est une machine qui écrit? Oui, absolument oui. La conscience d'utiliser un système de signe, des langages codés, de la mémoire fait de moi une machine consciente d'elle-même.
Il me semble que le mot machine jette un flou entre deux champs.
Je me pose la question de la question que soulève le fait d'envisager l'être humain dans sa totalité comme une machine.
La répétition, l'inhumanité, le hasard, l'intention...
La machine ce serait les conditions d'apparition, d'émergence d'une situation, d'une force, d'une énergie, d'un objet...
La machine accepterai le doute, l'incertitude, le découragement.

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Réflexions en vrac et en vrille:

Et puis le lendemain, entendu sur FCUL, de Félix RAVAISSON, ''DE L’HABITUDE'':
Ce qui nous détermine entre deux voix, c'est l'intention dans l'acte. L'habitude de boire, par exemple, peut faire de nous un ivrogne ou un oenologue. L'habitude se prend dès le commencement de l'acte.
Quelle est l'intention dans la machine? Y met-on des intentions, ou a-t-elle des intentions?

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Et Jankélévich. Sur le pianiste a qui on demande de prendre conscience qu'il joue au moment où il joue.
Ref: je crois Presque rien dans l'inachevé.
Pour rebondir, Jean, sur ce que tu disais à propos du développement du jeu de la conscience et du sujet (de la danse)
Pour rebondir, Fabrice sur ce que tu disais à propos de l'écoute active.

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